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mardi, 13 octobre 2009

1982, Stones' again, enfin le 16 juin !

1982, LYON, 16 juin
GERLAND, C’est enfin le grand jour,

Ce 16 juin douloureusement attendu. A Gerland, nous y sommes arrivés vers 15 heures. Nous avons garé la voiture devant la fenêtre de mes Parents pour qu’il la surveille. D’autres amis attendus en ont fait de même. Direction le stade qui se trouve à quelques enjambées de la maison familiale. Aux abords de palais des sports (où nous avons vu les Stones en 70 et 76), qui se situe face au stade, nous devons franchir les barrières gardées par le service d’ordre composé de dizaines de types habillés de blanc, avec le logo sécurité inscrit en noir sur le T.shirt. fouille bon enfant, mais très efficace. Il faut rappeler que durant toute la semaine précédent le concert une méga-campagne d ‘affichage avait été placardée sur les murs de la ville avec un communiqué interdisant, sous peine de confiscation du matériel, tout enregistrement, prise de photo ou film.

Toutes ces tracasseries passées, nous entrons dans le stade où sous un soleil de plomb, nous découvrons en bout de pelouse, dressée dans le virage, cette monumentale scène, haute comme l’immeuble où habitent mes Parents.

Ouaaahhh ! C’est bien la première fois que nous est donnée l’occasion de voir un tel décor, d’une telle dimension ! Epoustouflant, vous laissant bouche bée.
Coté pelouse, vers 17 heures, elle est quasiment noire de monde. Près de la scène, les pompiers arrosent à coup de lance à incendie les premiers rangs et évacuent de temps à autres quelques personnes victime de malaises dus à la chaleur conjuguée à l’empilement contre les barrières qui protègent l’accès de la scène.

Et c’est comme dirait les sportifs, le coup d’envoi. Jean-Marie et les Garçons bouchers ouvrent les festivités. Les pauvres gars ont sûrement paniqué sur cette grande scène face à cet innombrable public, et ont du se demander où ils étaient tombés. Ils n’ont pas été sifflés, c’est déjà çà !

George Thorogood, inconnu du grand public d’aujourd’hui. J’ai tous ses disques, du blues ,du rock, du vrai, du dur. Très bon guitariste, plein d’humour, il nous fait savourer avec sa bière et son bourbon un magnifique duo guitare-trombone. Il nous ravit les oreilles pendant un long moment avant de laisser la place à J. Geils band et son chanteur Peter Wolff. J’aime beaucoup moins que Thorogood, mais c’est seulement une question de goût puisque J. Geils band firent une bonne prestation et quittèrent la scène sous les applaudissements bien mérités.

Commence la dernière attente.

C’est le moment qu’ILS ont choisi de faire traverser le ciel du stade par une montgolfière qui passe au-dessus de nos têtes avant de se diriger de l’autre coté de la Saône pour se poser (pour ceux qui connaissent) à la Mulatière, pour être dégonflée, transportée, et regonflée pour un deuxième passage pendant le show des Stones. Pour l’anecdote, quelle ne fut pas la surprise de ma Mère lorsqu’elle vit arriver ce camion qui déchargea la toile. Elle assista au gonflage du dirigeable une fois, puis une seconde fois … ! Il faut dire qu’elle était accoudée à la fenêtre de la chambre qui fut la mienne durant toute mon enfance, jusqu’à mon départ pour cause de mariage.

Pendant que nous patientions, le Maire de Lyon était reçu par Mick Jagger.
***C’est vers19 H30, dans les vestiaires du stade de Gerland, que le Maire de Lyon, M. Francique Collomb et Me Ambre ont offert à Mick Jagger et Keith Richard des coffrets de disques de l’orchestre de Lyon et des livres. Cadeaux symboliques et l’on ne pouvait pas penser à ces antiques cérémonies,lorsqu’on remettait les clefs à l’hôte de marque… sous les voûtes sombres, après avoir franchi cinq ou six « barrages » d’un service d’ordre ferme, la poignée d’heureux mortels qui assistaient à cet échange de politesses et civilités avaient vraiment le sentiment d’être témoin d’une poignée de main historique.*** LE PROGRES, 17 juin 1982.

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(Je manquais de très peu cette chance en n’ayant pu avoir un Back stage que ne put obtenir Jean Louis Bigot, mon ami du Progrès, ni mon disquaire, qui pour consolation, m’offrit la grande affiche officielle du concert de Gerland.)

Pas de mêlée ouverte sur la pelouse, mais une immense ovation, quand après les quelques notes de pianos de Duke Ellington, pète l’intro de Under my Thumb et qu’arrivent en courant nos Rolling Stones.

Mick Jagger en tenue de joueur de foot américain, en rouge et rayures blanches. Il saute, il fait de grands gestes à notre encontre.

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Keith Richard, le cheveu plus noir que jamais qui fait ressortir son teint blafard.

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Et Ron Wood en replis avec son éternel clope au bec. Bill Wyman encore et toujours dans sa transparente discrétion regarde attentivement son ami Charlie bien calé derrière ses batteries. Beaucoup de standard qui font balancer les bras : Let’s spend the night together, Going to a go go,Time is on my side, Start me up....
Une bonne surprise quand ils interprètent Twenty flight rock de Eddy Cochran. Beaucoup de bonheur, rien qu’un immense bonheur, ils sont bien là, Jagger qui court d’un bout à l’autre de la scène qui s’étale sur toute la largeur du stade, on entend bien…. Seulement, il y a un hic ! Nous réalisons que nous sommes dans un stade (c’est vraiment bien plus grand que le palais des sports), la scène est à la taille de ce gigantisme, mais les Stones, EUX, ils sont tout petits, minuscules, ils sont loin, là-bas à l’autre extrémité du stade…. Ils nous faudra utiliser les jumelles pour les voir « mieux ». Cela ne nous empêchera pas de voir Mick jagger survolant le public perché dans une nacelle, ou encore d’apprécier Keith Richard jouant au tennis avec les ballons multicolores lâchés pendant Satisfaction, qui malheureusement nous fait savoir, encore une fois, que le concert est fini. Un feu d’artifice tiré derrière la scène nous salue et pendant la demi-heure qui suivit le stade fut rapidement vidé, sans bousculade, ni incidents.

Dehors, nous retrouvons le silence, et nous attendrons demain, pour faire durer, le temps de la lecture des comptes rendus de la presse, le plaisir de revivre par la pensée les instants inoubliables procurés par ce concert des Rolling Stones.

Il y a donc le lendemain, il y a toujours un lendemain, plus triste après le passage des Stones, et le lendemain, il y a la presse. Que vont-ils écrire ?

Les titres que nous découvrons dans les deux principaux quotidiens lyonnais (plus tard fusionnés pour n’être plus que Le Progrès) nous laissent quand même assez satisfaits. Ainsi Lyon Matin : LE JOUR LE PLUS LONG DU ROCK ! SATISFACTION ».*** Qui l’eut dit, qui l’eut cru ! Pourtant les Stones ont bien eu droit à l’antre de Gerland. Un stade chauffé à blanc qui a navigué dans l’hystérie collective, des heures et des heures durant. Lorsque Jagger est apparu bariolé de rouge et blanc, ce fut le délire. 50 000 personnes étaient massées dans les gradins et sur la pelouse. Démentiel. C’est sans conteste le plus grand, le plus génial, le plus époustouflant et provoquant spectacle de rock and roll du monde. Hier, Lyon a acquis ses lettres de noblesse. Avant que les Stones ne déchaînent les passions, MM Francique Collomb, maire et Joannes Ambre, adjoint à la culture sont venus remettre des cadeaux souvenirs à ces irréductibles Anglais ? Dans les coulisses souterraines de Gerland, Jagger s’est vu gratifier d’un coffret… De l’Orchestre de Lyon dirigé par Serge Baudo ! ------ Enorme, géant, grandiose, démentiel, dantesque, apocalyptique ! Les Rolling Stones, c’est tout cela à la fois. Jamais personne n’a eu autant le sens de la démesure que ces diables d’anglais. Ce n’est pas possible : tout petits déjà, ils durent tomber dans la potion magique du music hall ! Gerland, usine à rock pour un jour, a réveillé les pulsions de 50 000 personnes massées dans les gradins et pelouse et devenus pantins désarticulés. Jamais, non jamais, la province n’avait enregistré pour un concert une telle marée humaine. On parlait toujours de Woodstock, de Wembley, de Copenhague, de Paris ou d’ailleurs, mais de Lyon que nenni ! Et bien la deuxième ville de France a acquis, enfin, ses lettres de noblesse du rock. Toutes les énergies à la recherche d’un passé, d’un présent, d’un devenir étaient concentrées dans cette antre devenue diabolique.------ « Miss you », « Honky tonk woman”, “Emotional rescue”, toute la gamme y passe. Et la pochette surprise c’est, bien sûr, « Satisfaction ». Vous avez dit « Satisfaction » ? Et comment ! ***JEAN PIERRE GUILLOT, LYON MATIN, 17 juin 1982.

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On trouve l’apothéose dans le gros titre du Progrès : LA GRANDE FETES DES STONES. ILS ETAIENT CINQUANTE MILLE VENUS DE TOUTE LA REGION ET D’AILLEURS, POUR ACCLAMER CALMEMENT CES VIEILLES IDOLES SOLIDES COMME LE ROC, ET QUI ROULENT TOUJOURS. Et de lire en première page, cote à cote, l’autre gros titre du jour : « ON A PERDU », s’agissant bien entendu que l’équipe de France avait été battue par celle d’Angleterre. Mais ça, nous le savions déjà, puisque Mick jagger avait regardé le match à la Télé et nous l’avait dit lors de son arrivée sur la scène. Avec le mauvais esprit qui me caractérise, je n’ai pas manqué de faire remarquer, en insistant beaucoup, à mes copains amateurs de foot que nous : « ON A GAGNE ». Et qu’en plus leur pelouse était toujours praticable, puisque non endommagée. *** MICK JAGGER TIENT LES STONES A BOUT DE BRAS. 50 000 spectateurs et … 400 évanouissements hier au stade de Gerland pour le second concert français des Rolling Stones. Commençant avec une demi-heure d’avance par le traditionnel Under my thumb accompagné d’un lâché de ballons, Mick Jagger en pleine forme, toujours sautillant, courant, dansant, parcourant la scène de long en large, n’a eu aucun mal à enthousiasmer le public. Mais pour tous ceux qui étaient là, ce 16 juin, fut, avant tout l’occasion d’être ensemble pour une grande fête. ------ Bien plus que la musique elle-même la grande foule s’est déplacée hier à gerland, pour voir en chair et en os, ces personnages de légende qui n’apparaissent guère en public que tous les six ans. On ne pouvait s’attendre en effet qu’à près de quarante ans de moyenne d’âge les Rolling Stones nous étonnent par leur musique, par leur jeu de scène.*** YVON RENDU, LE PROGRES, 17 juin 1982.

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1982_bilan.jpg Quelques jours plus tard, le 20 juin, le même Yvon Rendu surenchérit en titrant : « LES ROLLING STONES AU STADE DE GERLAND : UN BILAN CENT POUR CENT POSITIF ». Et de confirmer le bilan dressé par les organisateurs et la municipalité : En résumé tout s’est bien passé. La pelouse est intacte et a déjà retrouvé ses couleurs printanières, sans compter que les mètres-cubes d’eau déversés par les membres de la Croix rouge sur les premiers rangs pour les rafraîchir, permettront à Topalovic le goal de l’O.L, de retrouver quelques pousses vertes fraîchement plantées….
Un peu plus tard, en me remémorant ces heures passées à Gerland, j’écoutais le Live de la tournée STILL LIFE, sur la pochette j’avais écrit :

« 20 juin 1982, en souvenir de ce gigantesque concert des Stones à Gerland. Puissions-nous rêver que ce ne fut pas le dernier ».

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