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vendredi, 06 novembre 2009

1990, Urban jungle à Marseille

Marseille, 20 juin,

J’arrive à Marseille la veille du concert et le lendemain matin, quelle n’est pas mon énorme surprise de découvrir dans les kiosques marseillais la folie, la liesse exprimée par la majorité des grands quotidiens de la ville, La Marseillaise, Le Provençal, Le Méridional, Le Soir, chacun y allant de premières pages grandioses accompagnées le plus souvent par des suppléments gratuits de quelquefois 10 pages pour encenser les Rolling Stones… *** 50 000 fans attendus demain. . les Stones à Marseille. Ils joueront demain à Marseille devant 50 000 personnes. Un stade pour les Stones. Vingt-quatre ans… l’attente aura été longue. Mais demain, ils seront là : Mick, Keith, Bill, Charlie et Ron. Autrement dit, les Rolling stones, le plus grand groupe de rock n’ roll du monde. Lors de leur première venue à Marseille en 1966, 3000 fans les avaient retrouvés à la salle Vallier. Demain, ils seront 50 000, sur les gradins et sur la pelouse du stade Vélodrome, à nouveau transformé en gigantesque salle de spectacle, un an après l’essai réussi du Pink Floyd. ------ Car au-delà des années et des générations, les Rolling Stones proposent toujours après trente ans de bons et loyaux services, ce qui se fait de mieux en matière de concert de grande envergure. It’s only rock n’roll...and we like it! *** FRED GUILLEDOUX, LE PROVENCAL,19 JUIN 1990

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Nous sommes donc le 20 juin, et malgré un temps assez incertain, c’est le délire. Incroyable à imaginer quelques années auparavant, totalement impensable dans les années 66-70. la grande fête annoncée et attendue par cette presse unanime qui rivalise dans l’art du meilleur titre, de la meilleure éloge sur le plus grand groupe de rock n’ roll du monde…
C’est ainsi que La Marseillaise fait sa Une avec : « Marseille, voilà les Stones. Vingt ans après : toujours là ».***Sur le stade, tout est prêt. Le sérieux britannique, et singulièrement anglais, n’échappe pas à l’organisation d’un concert comme celui de ce soir. Le hasard n’a aucun lopin de gazon sur le stade Vélodrome de Marseille. C’est que cinquante mille personnes viendront faire autour des Stones leur propre concert. Elles arriveront de tout le sud de la France, d’Espagne, d’Italie.------ Un soin particulier a été apporté à la protection de la pelouse. Pour la préserver un parquet contreplaqué « hydrofuge » de quinze millimètres d’épaisseur a été préféré aux habituelles bâches de plastique. La pelouse pourra respirer, sans être piétinée.***ALBERT LAMMERTYN, LA MARSEILLAISE, 20 JUIN 1990.

Juste à coté, c’est le Provençal qui surenchérit en nous proposant un supplément gratuit « on sort » qui nous dit « Marseille est Stones » « Le stade vél’ en folie, Ce soir, les Stones » et nous propose un historique détaillé des Stones, accompagné de textes de chansons, ainsi que des témoignages de fans ayant assisté aux concerts de 1966. Il nous remémore l’anecdote du barreau de chaise que reçut Mick Jagger lors du dernier concert. *** Ils placèrent aux bons endroits leurs « tubes » internationaux. Ils terminèrent par le tonitruant « Satisfaction », qu’ils semblèrent donner aux personnages extraordinaires s’écrasant en vagues chevelues autour de la scène. Tout cela se bousculait dans une joyeuse folie. Au fond c’était terriblement sympathique ! (Eugène Saccomano). Dans la cohue et malgré un service d’ordre assuré par les agents cyclistes, Mick jagger devait recevoir un barreau de chaise sur l’arcade droite. Après un passage à la Conception, il pouvait finalement rentrer le soir à l’hôtel avec un bandage impressionnant sur la tête. Heureusement la blessure était sans gravité et quelques heures plus tard il prenait le train en gare St-Charles. Mais avant de quitter Marseille, Mick Jagger s’était rendu dans un poste de police, afin de porter plainte contre X pour blessures involontaires. Aux dernières nouvelles, cette manifestation de la vindicte stonienne n’a jamais été levée. Mais que l’auteur des faits se rassure : depuis, il y a largement eu prescription… ***FRED GUILLEDOUX , LE PROVENCAL, 20 JUIN 1990.

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Et le summum, c’est en fin d’après-midi avec la sortie du Soir et ses pleines pages « LE PLUS GRAND GROUPE DE ROCK DU MONDE. ILS SONT LA ! » *** Les Rolling Stones à Marseille : 50000 personnes attendues au stade Vél’.------ La musique des Rolling Stones (les pierres qui roulent) nous accompagne depuis presque trente ans.------ « Laisseriez-vous votre sœur sortir avec un Rolling Stone »---- Depuis 25 ans le plus grand groupe de rock du monde traîne derrière lui une odeur de soufre.------ Et puis surprise : à l’aube des années 90, le plus grand groupe de rock n’ roll du monde est toujours là. Leur tournée actuelle est un véritable triomphe partout dans le monde. Pour combien de temps encore ?
Désormais les seules limites des Rolling Stones sont biologiques. Mais au tournant de la cinquantaine, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné. ***JACQUES COROT, LE SOIR, 20 JUIN 1990
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Remontés à bloc, par une presse qui ne nous avait jamais habitués à une telle débauche de compliments déversés sur les Rolling Stones, et après avoir scruté le ciel resté gris toute la journée (il a pleuvassé de temps à autres en milieu d’après-midi), nous nous engouffrons dans le métro pour rejoindre le stade.
C’est aux environ de 19 H30 que nous nous mêlons aux nombreuses personnes qui se pressent dans les queues qui se sont formées devant les grilles. Toutes les formalités d’entrée réglées (présentation du précieux sésame, fouille), un passage obligé au rayon T-shirt pour s’offrir celui avec le chien menaçant, logo de cette tournée. On se retrouve dans la tribune couverte, fort bonne idée quand on sait que la première partie assurée par the Gun fut un peu mouillée. Ce qui nous valut de voir « pousser », sur la pelouse, des cabanes que les spectateurs confectionnent en utilisant les plaques de contre-plaqué. Plaques prévues initialement pour protéger la pelouse qui le sera moins dorénavant. La pluie apparemment bien élevée, décida de s’arrêter, peut-être quand elle prit dans la tête un Start me Up qui nous fait savoir qu’ils sont effectivement bien là.

En pleine forme pour nous emmener pendant presque deux heures dans leur enfer, aux enfers du rock n’ roll stonien. Une scène gigantesque nous attend avec ses tours, ses tuyaux qui rappellent la raffinerie de Feyzin ? Scène encore plus grandiose qu’en 1982… Le show est impressionnant, pas un instant de répit, il se passe sans cesse quelques choses d’inattendues. De gargantuesques décors mouvants sont utilisés pour accompagner les chansons. Deux énormes putes qui se gonflent en quelques instants pendant les premiers accords de Honky Tonk Woman qui se balancent au gré du vent et se dégonflent, sûrement par dépit de ne pas avoir assez été tripotées par Mick Jagger qui comme à l’accoutumé bondit inlassablement d’un bout à l’autre de la scène afin d’honorer ces dames de sa présence. Le délire plus tard avec l’apparition de ces Doberman géants, aussi affreux et effrayants que le chien des Baskerville, avec une terrifiante gueule ouverte dans laquelle tape, à coups de bâtons Mick Jagger alors qu’il interprète Street fighting man. Ils nous offrent aussi une superbe mise en scène lors du mythique Sympathy for the devil, alors que le diable sautillant Jagger arrive dont ne sait où, après être apparu là-haut sur la plus haute tour et que résonnaient les premiers rythmes de tam-tam africains annonçant ce grand morceau qui prend toute sa dimension dramatique au cours des concerts. Et pour notre bonheur, se succèdent Jumping Jack flash, Ruby Tuesday, Paint it black, jusqu’à l’inoubliable Satisfaction qui sonne la fin avant le désormais traditionnel feu d’artifice. Nous quittons le stade avec la pluie qui pluviote et en prenant le métro, pour rejoindre l’hôtel, dans la tête résonnent, pour un long moment encore, tous ces trop courts moments vécus dans ce stade, à l’écoute de ce qui n’était que du rock n’ roll, mais peuchère que c’était bon !

Et avant de s’endormir, bien évidemment la grande interrogation : à quand la prochaine ? Je n’en sais rien, mais je suis sûr que j’y serais….

11:25 Publié dans MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : loisirsculture, livre

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