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vendredi, 04 mars 2016

1967, Drogue, prison, flower power

Le typhon Rolling Stones continue son chemin.

Il dévaste sur son passage, le 27 mars 1967, Cologne ; le 1er avril, Hambourg ; le 8, Milan ; le 11, Paris ; le 13, Varsovie, où la police utilise les matraques et des bombes lacrymogènes pour disperser la foule. C’est la première apparition des Rolling Stones derrière le rideau de fer. Puis le 14 avril à Zurich ; le 17, Athènes…..

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Le 29 juin 1967, un communiqué de presse, d’ apparence banale, annonce un fait divers qui aurait pu être le début de la fin des Rolling Stones (1963-1967 !)…)).

*** deux Rolling Stones condamnés à des peines de prison. Le guitariste des Rolling Stones, Keith Richard, a été condamné hier à un an de prison par le tribunal de Lewes (Sussex), pour avoir permis que son domicile soit utilisé pour fumer de la marijuana. Le chanteur vedette du groupe Mick Jagger s’est vu infligé trois mois de prison pour avoir été trouvé en possession illégale de drogues dangereuses. Un de leurs amis communs, Robert Fraser, a, de son coté été frappé d’une peine d’emprisonnement de six mois pour possession de narcotiques. A la suite de ces condamnations, le groupe des Rolling Stones, le plus populaire en Angleterre, après celui des Beatles, a pratiquement cessé d’exister. *** LE PROGRES DE LYON. 29 juin 1967.

Mick Jagger et Keith Richard, auteurs compositeurs du groupe le plus célèbre AVEC les Beatles sont donc arrêtés pour usage de stupéfiants. Mick à Brixton, Keith à Wormwood Scrubs. Ils sont libérés sous caution de 7 000 livres sterling chacun (environ 7 300 francs). Évidemment l’aubaine est trop bonne, la Grande presse s’empare de cet incident pour démolir, ou essayer encore, une nouvelle fois ce groupe qui ne correspond pas vraiment à l’image que se font les braves gens de la jeunesse récupérée par une certaine société d’abrutissement.

Pourtant il est permis de s’étonner de la hargne des gens vis à vis des Rolling Stones. Sont-ils en cette année 1967 vraiment des adeptes de la drogue ? les Beatles ne chantent-ils pas les louanges du L.S.D avec leur succès Lucy in the Sky Diamond ! Sont-ils emprisonnés pour autant ? D’autres grands noms du music hall ou du cinéma ont eu recours aux paradis artificiels. Ray Charles *1961* Chet Backer *1962* Donovan *1966*... se sont trouvés plus ou moins en conflit avec la justice sans que la presse ne les attaque au vitriol.

En France un groupe, privé de ses deux leaders dans les mêmes conditions , se serait trouvé dans une position d’infériorité, face aux autres groupes trop contents de saisir l’occasion de ravir la place de l’absent. L’important n’étant pas toujours la musique, mais d’être le premier ; ce qui ne signifie pas nécessairement le meilleur !

En Angleterre, dès que la presse etla radio annoncent la nouvelle, un mouvement spontané de soutien prend naissance. Des groupes concurrents des Rolling Stones partent en campagne pour soutenir les deux Stones emprisonnés. Citons l’action des Who qui organisent une manifestation dans la rue, et enregistrent un disque avec The last times et Under my thumb des deux collègues et amis sous les verrous.
*** PROCLAMATION : les Who considèrent que Mick Jagger et Keith Richard ont été traité en boucs émissaires du problème de la drogue. En protestation contre les peines iniques prononcées contre eux hier à Chichester, les Who sortent aujourd’hui un premier disque d’une série de compositions Jagger/Richard pour maintenir leur œuvre devant le public, jusqu’à ce qu’ils soient de nouveau libres de les enregistrer eux-mêmes.*** EVENING STANDARD , 30 juin 1967.

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Les Who n’auront pas besoin d’enregistrer d’autres disques, car le 31 juillet 1967, Mick Jagger et Keith Richard, dont quelques journaux comme le Times et le Sunday Express ont pris la défense, sont blanchis de toutes accusations. C’est ainsi qu’à la suite de leurs condamnations le Times déclarait entre autre :***Cependant la sentence va être sérieusement discutée par le public. Les circonstances sont assez inhabituelles. Pour justifier cette discussion, aux intérêts du public. On a accusé Mr Jagger de posséder quatre tablettes d’amphétamine sulphaté et de methyl amphetamine hydrochloride. Il avait acheté ces tablettes légalement en Italie , et elles avaient été rapportées au Royaume Uni. Ce ne sont pas des drogues dangereuses, et bien dosées, elles ne le sont plus du tout.*** TIMES

….***Néanmoins nous pouvons considérer la réaction du public. De nombreuses personnes ont un point de vue primitif, presque pré-légal. Ils pensent que Mr Jagger mérite sa punition. Ils n’aiment pas le genre anarchique que l’on peut observer aux concerts des Rolling Stones. Ils n’aiment pas leurs chansons, n’aiment pas l’influence qu’ils ont sur les jeunes, et en général ils les suspectent d’être un cas de décadence, mot utilisé par Monica Furlong dans le Daily Mail. Ceci pourrait être un souci au niveau sociologique, ou purement au niveau sentimental, ce qui serait compréhensible. Mais on ne pourrait le confondre avec le cas présent. Jagger a-t-il été traité de la même façon que s’il n’avait pas été une célébrité ? si un futur lauréat était revenu de ses vacances d’été en Italie avec quatre de ces tablettes dans sa poche, aurait-on pensé que ce serait chose juste que de briser sa carrière en l’envoyant en prison pour trois mois ? Aurait-on jugé nécessaire de le montrer, menottes aux mains, au public ?………Ce devrait être à la justice anglaise de savoir si Mr Jagger sera jugé comme tout le monde, ni mieux, ni pire. Il y aura toujours un point d’interrogation sur le fait que Mr Jagger ait été jugé comme un simple homme anonyme.*** LE TIMES, 1 JUILLET 1967.

Quand à John Gorton de Sunday Express, il écrivait :

*** Est-ce que Jagger a été envoyé en prison pour avoir essayé une de ces drogues viles,comme l’héroïne ou la cocaïne ? Ou même le L.S.D que les Beatles sont en train d’essayer ? Pas du tout. A-t-il fumé de la marijuana que certains experts considèrent comme étant une drogue néfaste, d’autres pas ? On ne l’a pas accusé de cela. Il avait simplement quatre tablettes de benzadrine, achetées légalement à l’étranger qu’il avait prises, pour se tenir éveillé, avec le consentement de son docteur.*** Sunday EXPRESS, 2 JUILLET 1967.

Mick Jagger et Keith Richard sont donc acquittés. Le chef de la justice leur fait cependant remarquer qu’ils ont des responsabilités à assumer en tant qu’idoles de beaucoup de gens. Car ils sont admirés et souvent imités. On peut se demander pourquoi Mick et Keith ont été relâchés. L’angleterre traverse une crise économique aigue, il n’est pas forcément judicieux de détruire des groupes comme les Rolling Stones ou les Beatles, et bien d’autres (Who, Kinks…) qui constituent des apports de devises au Royaume Uni non négligeables… c’est une hypothèse.

Dès la sortie de prison de Mick et Keith, les Rolling Stones au complet s’enferment dans leur studio et enregistrent avec l’aide des Beatles, une chanson we love you dont l’introduction est un clin d’œil très ironique aux ennuis qu’ils viennent de vivre avec la justice britannique. Bruits de pas d’un gardien de prison, porte métallique qui se ferme sèchement, menottes, tout y est ; We love you ?, ce disque est en quelque sorte un remerciement à tous ceux qui les ont soutenus lors de leur détention.


1967, Flower power

Il y a eu la prison pour Mick et Keith. Brian a lui aussi été condamné à neuf mois de prison pour avoir été en medium_1967_9_mois.jpgpossession de cannabis, et libéré sous caution (750 lb).
Il y a eu la réponse aux juges avec We love you. Le son Rolling Stones est toujours présent mais on sent l’influence Beatles de la période Flower power.

Il y a le mouvement hippie de la côte ouest américaine, avec ses groupes, Jefferson Airplane, Grateful deads. Le flower power avec sa psychedelic music, des groupes tels le Pink Floyd qui ont une musique étrange et belle, basée principalement sur les sons électroniques. Il y a aussi l’influence indienne, le sitar, Ravi Shankar. Les Beatles s’essaient à la philosophie hippie, croyance, sincérité ou publicité ?

Qu’importe…


Their majesties satanic request sort en décembre 1967. Après We love you, les Stones planent très haut. Les voici goûtant à la musique cosmique . Ils sortent cet album aux résonances bizarres . la pochette est très colorée, avec des effets de reliefs. Un décor mouvant grâce à des superpositions d’images. Les Stones ont revêtu pour cette couverture des costumes de rois mages. Notons que cette pochette sort des sentiers battus. Les couvertures de disques étant en principe, réalisées avec des photos plus ou moins banales.
La musique qui en sort est féerique, belle, étrange et sophistiquée. Le citar, les maracas. Des bruits de pas, des cris qui donnent une coloration de marché oriental à ce merveilleux album. Their majesties satanic request est assez mal accueilli par leurs fans. Il leur apparaît comme un disque de recherche musicale. Trop fouillé, peut-être un peu confus.

Ce disque surprend. Ont-ils reniés le Rock et le Rythm and blues qui les firent connaître pour sacrifier à la mode des enfants fleuris ? les Rolling Stones ne sont-ils pas prisonniers du rock n’ roll dont ils sont sans doute les meilleurs interprètes. Ont-ils le droit d’en sortir ? Their Majesties satanic request est donc un échec commercial. Chose curieuse, les Pink Floyd cités précédemment, sortent des disques du même genre et ont un succès assez désarment qui tend à prouver que le public des Stones attend des Rolling Stones toujours plus de Rock.
Les Rolling Stones semblent donc être sur une mauvaise voie. D’autant que pendant cette période, ils ont cessé toutes leurs tournées. Un seul passage cette année –là, c’est le concert donné le 12 mai à la N.M.E Pollwinners.

***JAGGER ET LES STONES REVIENNENT TRIOMPHANTS. Les Stones sont revenus sur la scène. Des milliers de jeunes femmes les ont accueillis en criant. Ils sont de retour plus sensationnels que jamais.*** DAILY MIRROR 13 mai 1968.

Est-ce la fin de ce grand groupe ? Sont-ils déjà arrivés à une impasse ?

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07:21 Publié dans MUSIQUE, MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rockin'daddy

mardi, 01 mars 2016

1966, de nouveau la France

La France accueille les Rolling Stones

En février 1966 ils se rendent à New York où ils participent à l’émission de télé-vision Ed Sullivan Show. Ils s’embarquent ensuite pour Sydney. Les Rolling Stones sont fêtés sous tous les horizons, U.S.A, Australie ou Nouvelle Zélande.

Mars 1966, les créateurs de Satisfaction effectuent une tournée européenne qui les conduit d’Amsterdam à Bruxelles, à Paris, Marseille, Lyon ou encore Stockholm ou Copenhague.

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En France, que ce soit à Paris,

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à Marseille ou à Lyon, l’accueil est enthousiaste. Il faut dire que dans les trois villes, les salles sont trop petites pour contenir les milliers d’amateurs des Rolling Stones voulant se rendre à leurs concerts.

Lyon ! 31 mars…..

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Il est 17 heures. Nous sommes, nombreux, devant le Palais d’hiver. En stationnement, il y a sept cars de C.RS et une Jeep avec radio. Que se passe-t-il ? Va-t-il y avoir dans les heures qui suivent une manifestation de rue organisée par un mouvement syndical ou politique ? Non, rien de tout cela. Il y a simplement à l’intérieur du Palais d’hiver trois à quatre mille spectateurs qui sont venus entendre et voir les Rolling Stones qui se produiront une première fois cet après-midi et donneront un second concert à 21 heures.

Vingt deux heures. Ils sont là. Mick, avec des lunettes noires (il a été blessé la veille à Marseille. Les spectateurs medium_1966_marseille.jpgont lancé des chaises sur la scène ???).

Brian avec son foulard de soie ressemble à une poupée ; il a l’air très fragile et sourit continuellement.

Keith, pâle et assez mince est à gauche de Mick qui saute et trépigne.

Bill est immobile, imperturbable, il mâche inlassablement son chewing-gum en toisant d’un air hautain et indifférent le public.

Charlie, là bas à sa batterie sur cette grande scène du Palais d’hiver (Dieu qu’elle a du leur sembler bien petite quelques années plus tard !).

Ils ont succédé à Antoine, lui qui se prenait pour Dylan et qui déclencha le délire des filles et de quelques garçons. Le spectacle se déroule dans une ambiance démentielle. Il y a des banderolles de bienvenue (dont la notre).

Not fade away, les Rolling Stones semblent en pleine forme. Il y a des chemises à fleurs plein la salle. Time is on my side, Think, les derniers succès sont écoutés pour la première fois en direct (live!). C’est sauvage, c’est bon , ça bouge. Beaucoup de garçons dansent sur les tables (même que certains tournent le dos à la scène).I’m alright, Jagger agresse la salle qui n’attend que ça bien sur. The last times, communion établie avec les Idoles. Brian Jones est ravi, Keith Richard ne fait pas de geste inutile.

Chez les Stones, tout paraît précis : la musique, le rythme. La batterie de Charlie Watts marque le tempo et annonce Get off of my cloud (fous le camp de mon nuage).

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Et puis, OUI, le tube ;

Satisfaction… I can’t get no!.... I can’t get no !

No... No...


Le rideau se ferme, la chanson n’est pas terminée. Et c’est alors que l’incroyable se produit. Le cordon de flics qui étaient devant la scène avancent en rangs serrés et nous chargent pour faire évacuer la salle. Il est hors de question de rester assis car les coups tombent. Les forces de l’ordre invitent gentiment tout le monde à sortir. Dehors, leurs collègues en pleine crise d’hystérie (il est vrai que la musique des Stones excite) nous reçoivent à bras ouverts, matraques en main !

Ils bousculent, hurlent, écument, tabassent, embarquent dans les cars ceux qui sortent du Palais d’hiver ou même ceux qui ne font que passer par là, simples curieux s’interrogeant de toute cette agitation
Pour témoin, ce pauvre gars, qui derrière moi, dans le car des flics, prit une raclée dont il a du se souvenir très longtemps. Il a eu la mauvaise inspiration de rentrer du cinéma en passant par là, et fut surtout mal inspiré de rouspéter lorsque les pendors en fureur le bousculèrent. J’eu un peu plus de chance que lui, car en montrant mes papiers, les 2 C.R.S qui m’encadraient fermement aperçoivent les cartes d’identité de Serge et Eddy, mes 2 fils. Je m’en tire sans mal, juste avec un sermon de ces 2 braves pères de famille qu’étaient ces 2 brutes. « comment, en père de famille…responsable…avec des enfants… peut-on être là pour ces chanteurs limite-voyous ? ». Néanmoins, la presse bien pensante et ses journalistes la représentant trouvait ses agissements des forces de l’ordre des plus sympathiques.*** …Bref, ça sentait la poudre, il y avait des cordons de police comme pour une « manifés » de rue, et une ambulance en « en cas ». Le Palais d’hiver pour la circonstance n’avait sorti la vaisselle d’apparat, ni ses nappes en fil et fil, et recevait, comme ça en copain, sans cérémonie. *** LUC TRASSOUDAINE, DERNIERE HEURE LYONNAISE.

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On est en droit de poser la question, comment réagiraient les publics de Brassens ou Brel (Brel que j'eu le plaisir de voir cette même année) si de tels procédés étaient employés envers eux lors d’un récital des deux artistes ?

Il faut aussi rappeler que l’année précédente (juin 1965), les Beatles s’étaient produits dans ce même Palais d’hiver, et qu’il n’y avait pas eu ce déploiement de forces. Est-ce à dire que les Rolling Stones sont considérés comme des hors la loi, ou bien comme un groupuscule extrémiste (mai 1968, c’était pour plus tard).

Après leur passage dévastateur en Europe, les Pierres qui roulent décident de retourner chez l’oncle Sam. Ce sera la cinquième incartade sur le continent américain, dont un journal, le New Musical Express a élu les Rolling Stones premier groupe de Rythm and blues (10 décembre 1966).

07:38 Publié dans MUSIQUE | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rockin'daddy