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vendredi, 11 mars 2016

1968, jumping Jack flash, 1969, mort d'un Rolling Stone

Vers le milieu de 1968, juste avant les vacances, les stations de radio diffusent Jumping Jack Flash.

La ressemblance avec Satisfaction vous frappe l’oreille. Même style musical, son identique, comme ceux des Rolling Stones. Ce n’est pas une copie, ce sont bien eux, ce sont les Rolling Stones qui sortent de leur léthargie.

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Les voici de nouveau qui frappent fort, fougueux, hargneux, tels qu’on les a aimés au début. Jagger qui gueule son mépris, accompagné comme il se doit magnifiquement par ses compères Keith, Brian, Bill, Charlie, qui vous servent le Rock en maîtres, en finisseurs, en professionnels. De nouveau, la sortie du prochain album semble imminente et très attendue. Il est d’ailleurs annoncé, juste une question de pochette à régler. Les Rolling Stones redevenus eux-mêmes les enfants terribles veulent l’illustrer avec le mur d’un chiotte couvert de graffitis. Les revues spécialisées avaient annoncé ce disque. Decca s’oppose à cette idée.

*** Le mur d’un WC se trouve entre les Rolling Stones et la date de sortie de leur nouveau LP Beggars Banquet. Le mur n’a rien à voir avec les chansons brillantes de leur disque, toutes écrites par Mick Jagger et Keith Richard. Il se trouve sur la couverture et est barbouillé de graffitis. Les directeurs de disque à Londres et aux Etats unis se battent pour le supprimer. La compagnie américaine London pense que la couverture est une offense.*** DAILY MIROR 5 septembre 1968.

C’est donc avec plusieurs mois de retard que Beggars Banquet sans les chiottes sortira dans le commerce en France (décembre 1968). Si nous avons perdu ce lieu malodorant sur la pochette, nous avons gagné en revanche d’excellents titres sur le vinyl. Sympathy for the devil, Salt of the earth, Prodigal song. Jumping Jack flash annonçait le réveil, Beggars Banquet le confirme.

*** Les Rolling Stones s’étaient situés. Ils avaient adopté pour le style ROLLING STONES. De plus, à la vigueur musicale, s’alliait une orientation sociale des textes, conduite avec tact et souvent réalisme. Le combattant de la rue Street fighting man était beaucoup plus sympathique que Revolution lamentablement stoïcienne des Beatles.*** DAILY MIRROR 5 septembre 1968.

Les programateurs de plusieurs stations américaines refusent de diffuser Street fighting man, déclarant que ce titre pourrait inciter les gens à l’émeute.
Les Rolling Stones sont de retour, avec eux l’humour et le décontraction qui les caractérisent. Ainsi lors du repas pour Beggars banquet, ils bombardent avec des tartes à la crème leurs invités.

Les Rolling Stones adeptes de l’amusement d’aujourd’hui présentent un show à la télévision : Rock and roll circus, le 12 décembre. Ce spectacle avec clowns, trapézistes, gens du cirque, dont les acteurs sont des invités de renom tels les Beatles, the WHO, Jethro Tull, Marianne Faithfull et bien évidemment les Rolling Stones. Tous ces joyeux compères sont bien sûr déguisés pour la circonstance. Notons qu’entre temps, Brian Jones qui se débat encore avec la justice est condamné le 26 septembre à payer une amende pour l’accusation d’être en possession de cannabis.


1969, Mort d’un Stones

3 juillet 1969 !

Il est midi et quarante cinq minutes à Europe N° 1 ! Le flash tombe, tragique et brutal :

« Brian Jones, le guitariste des Rolling Stones est mort. Il s’est noyé cette nuit dans sa piscine.. ».


Les journalistes d’Europe N°1 font un rapide historique du groupe auquel appartenait Brian, et lui rendent un ultime hommage en nous diffusant Satisfaction. Un pincement au cœur, un instant de vive émotion nous ont laissé ce jour sans voix quelques instants. Sans le connaître personnellement, des milliers de personnes, dont je faisais partie, ont perdu un lointain ami. Un de ces amis qui nous sont chers parce qu’il n’ y a aucun intérêts dans nos rapports, si ce n’est notre goût commun pour cette sacrée musique qu’est le rock n’ roll.

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                                                             *** Dessin : serge basset

27 ans ! Peut-on mourir à cet âge ? Cela paraît tellement absurde. Et puis, quand on fait parti de ce groupe : the fabulous Rolling Stones, ce groupe tellement irréel. Irréel certes, mais mortel. Brian Jones est mort, pourtant un doute subsiste. N’est-il pas toujours présent parmi nous ? Son image est gravée, car malgré tout et contre tout, y compris contre lui-même, il était et demeure un Rolling Stones.
Beaucoup ont appris ce jour-là que Brian Jones ne faisait plus partie des Rolling Stones. Il avait quitté le groupe le 9 juin après une ultime dispute au sujet des chansons. La place vacante avait été comblée par un nouveau venu, un certain Mick Taylor.

De nombreux groupes éclatent ou disparaissent sans laisser de trace. Brian Jones quitte les Rolling Stones et ceci semble anormal. C’est insupportable. Il est difficile de s’imaginer les Rolling Stones sans Brian Jones, ni Brian Jones sans les Rolling Stones. Je crois que c’est dans ces moments là qu’on mesure la fascination, ou le coté un peu conte de fées des Rolling Stones sur nous, communs des mortels appelés fans ! Mais comme nous, ils sont mortels ; l’envoûtement de la baguette magique s’est brisé.
La réalité est triste et inhumaine. Il faut se rendre à l’évidence que désormais à la place de Brian Jones, il y aura sur scène et dans les disques : Mick Taylor.

Le 5 juillet 1969, Londres ; Hyde Park.

Depuis plusieurs semaines un concert gratuit est prévu. En tête d’affiche les Rolling Stones qui ré-apparaissent après une grande absence. Cette prestation va prendre une tournure quasi religieuse.
Une messe funèbre Pop en quelque sorte, à la mémoire du Stones disparu. Une grande messe à laquelle assistent quelques 500 000 fidèles. Dans un épais silence Mick Jagger lit des vers.

***Je demande le silence. Je vais essayer de lire quelque chose pourBrian. Et le miracle a lieu, impressionnant. 500 000 personnes sous tension extrême se recueillent en quelques secondes. C’est un silence total, inhumain, rendu plus puissant, plus dense par les dérisoires pleurs d’un petit bébé. Mick Jagger lit d’une vois calme quelques lignes d’un poème de Shelley sur la mort « Il n’est pas mort, il dort parmi nous… ». A la fin de la lecture, 10 000 papillons multicolores s’échappent d’une boîte en carton et s’envolent dans les airs.*** MICHEL TATTINGER et ERIC VINCENT, SALUT LES COPAINS, septembre 1969.

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Sur la scène, une photo immense de Brian Jones extraite de l’album Beggars Banquet. Après l’hommage silencieux, ce sera un fantastique requiem musical que les Rolling Stones, avec Mick Taylor, dédient à Brian Jones. Ce 5 juillet, à Hyde Park, n’y a-t-il pas six Stones sur la scène, pour la première et la dernière fois ? Car les gens oublient vite les personnes qu’ils ont aimées.

***Saurez-vous vous souvenir du lutin à la chevelure d’argent qu’était Brian Jones, guitariste des Rolling Stones de 1961 à 1969 ? j’ai bien peur que non ! *** JACQUES LEBLANC, BEST juin 1970.

**Le 5 juillet, nous ignorions qu’il y avait ce fameux concert qui se déroulait à Hyde Park. C’est donc par hasard que le même jour, à la M.J.C de LYON-Gerland, à notre manière, nous avons rendu hommage à Brian. J’avais dans le même temps rédigé à l’attention de mes proches et amis un petit texte à propos de sa disparition. Cela me valut quelques remarques désobligeantes, que j’avais jugées nulles et non avenues.**

Un film Cinq + Un (ressorti en vidéo plus tard : les Stones dans le parc), de Michel Tattinger et Guy Job, résume le concert des Rolling Stones. Dans Cinq + un, il y a aussi le show de Monsieur Hallyday au Palais des Sports de Paris. Ce second spectacle met encore d’avantage en valeur la prestation des Stones. On peut aisément juger par comparaison à quelques minutes d’intervalle la qualité musicale des Stones. Leur présence scénique formant un tout avec leur musique. Qualités qui sont accentuées par le concours de gueulerie de Johnny Hallyday qui s’entoure sur scène de danseurs, de catcheurs, d’éclairages de toutes sortes. Tous ces artifices détournent l’attention de son public et permet à son tour de chant de passer. Le public des Stones paraît étrangement calme et détendu, allongé sur l’herbe, comparé au public du Palais des sports qui hurle et gesticule, montrant par là que l’important n’est pas d’écouter , voir et apprécier, mais d’être là, afin de pouvoir dire « j’y étais ».
*Pour l’anecdote, lors de sa sortie, ce film présentait les Stones en première partie, et Johnny en deuxième en vedette du film !!! *

Brian Jones est inhumé le 10 juillet 1969.

Les Rolling Stones ont rendu un hommage musical à Brian Jones. Qu’en sera-t-il de la grande presse, des radios, de la télévision qui ne tarissent jamais d’éloges, de congratulations lors du décès d’une valeur sûredu music hall ou du cinéma : Edith Piaf, ou plus récemment ce pauvre Maurice Chevalier, 75 ans largement dépassés. Comment ont-ils réagis ? Cette presse parlée ou écrite a réagi avec toute son animosité qui la caractérise, son esprit de règlement de comptes. Ils détestent les Rolling Stones, vous ne le saviez pas, ils vont expliquer. Les journaux vont s’ingénier à traîner dans la boue ce musicien Pop. Rien que pour lui faire regretter d’avoir été jeune, beau, et de surcroît rebelle ! Aucun mot sur le musicien. Aucune phrase sur les talents musicaux et artistiques des Rolling Stones. Rien qu’une insistance obsessionnelle sur le manque de moralité de ce groupe, et particulièrement de Brian Jones le drogué.

*** On a sali sa mort, comme s’il fallait encore que les vautours de la presse, qui se dit grande, s’acharnent sur son cadavre. On n’a parlé que de scandales, de drogues, d’enfants sans père et de choses comme ça. Personne n’a parlé du jeune homme de vingt six ans qui souffrait et ne s’intéressait plus vraiment à la vie. Personne ne s’est posé la question de savoir pourquoi Brian Jones était ce qu’il était et s’il n’y avait pas d’autres responsables que lui-même. Qui a parlé de haine, vraiment de la haine à laquelle furent souvent exposés les Stones ? Qui a parlé des brimades que leur infligea une société jalouse et trop heureuse de se venger ? Personne.***PHILIPPE PARINGAUX, ROCK N’ FOLK.

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***La mort de Brian Jones. Je n’ai rien à dire sur les causes que j’ignore et que je ne veux pas connaître. Quant aux conséquences, elles sont regrettables. Le music hall a perdu un artiste de classe internationale et qui représente tout un état d’esprit.*** MIREILLE MATHIEU d’après SALUT LES COPAINS.

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                                                      *** Dessin réalisé par Maurice "alias" YAYAS.